Pierre, ses parents et…


… Alors que dire quand grâce à l’activité de papa, il pouvait traverser une grande partie de l’usine et aller décharger le bois transporté près de la halle. Il exultait de joie et en profitait pour aller jeter un coup d’oeil au ballet des ouvriers verriers dans l’antre en chaleur.

Pierre ne redoutait en rien les risques de ce métier qu’il trouvait à sa mesure. Eh oui, il pouvait se brûler, se blesser, avoir les muscles endoloris par les efforts des plus de 45 heures hebdomadaires dont il réalisait la dureté. Pour faire ce métier de verrier il fallait du courage et de la volonté, mais Pierre possédait ces qualités et irait au bout.

Malheureusement le temps passé à regarder le métier et en découvrir les détails et aléas ne durait jamais assez longtemps. Car pour remonter au village, les boeufs mettaient bien plus d’une heure et demie, alors il fallait repartir au plus vite pour rentrer à la maison à une heure décente pour manger et aller dormir.

Quant à maman, elle était affairée la journée entière à traire, nourrir le bétail et à préparer la nourriture pour papa et l’ouvrier, un gars venu de Roumanie via la Forêt Noire et qui logé, nourri n’en demandait pas plus. Il baragouinait quelques mots d’allemand et comme les habitants du Bitcherland étaient bilingues forcément depuis les années 70 du siècle précédent, cela ne posait aucun problème majeur de compréhension. On appelait « ces gens là », des métayers, tout ce qu’il y avait à faire pour les employer était de les nourrir, les coucher et de leur donner un peu de « schnaps » et de vin. Dans la famille de Pierre on « brûlait » du schnaps depuis des lustres et l’alambic en cuivre et en étain était remisé soigneusement dans une partie de la grange très isolée et fermée à clé. C’était un bien précieux que cet alambic.

Il faut dire que les vergers étaient une autre partie de la propriété familiale et qu’ils fournissaient matière première de grande volée. Des quetsches, des vraies, pas des prunes, bien qu’il y en eut aussi, des mirabelles, des cerises noires ou rouges, des reines-claudes et des poires, des « Williams », composaient l’assortiment de fruits à schnaps, eau de vie du pays lorrain et d’Alsace. Le rituel de la distillation était pareil à celui des cochonnailles, le village, du moins le grand quartier était présent pour y assister et goûter le liquide enivrant. Bien sûr cette activité était pleinement et uniquement pour la famille, bien que de temps à autre on se laissait aller à vendre l’une ou l’autre bouteille. Certains, mais pas le papa de Pierre, distillaient même des patates ou d’autres produits de la terre, betteraves entre autres, pour faire du schnaps « thérapeutique », oui cela servait pour se soigner, en cataplasmes par exemple.

Dans la pièce principale, la « Stub » disait – on trônait contre le mur un « Kacheloffe », un fourneau imposant en carrés de céramique, cela donnait une petite idée aussi de l’aisance des parents de Pierre. Ce fourneau servait à chauffer la maison d’habitation accolée à la grange, au « Schopf », abri pour les charriots et les outils agricoles, et à l’étable.

Après un dernier regard vers le village du haut de la colline, un dernier regard sur la majestueuse église rose, Pierre  et son papa ne tardèrent pas à replonger, par delà la butte, dans le village d’à côté et passèrent à quelques enjambées de la maison de Rosalie, une bonne amie de Pierre et… une jolie et pimpante jeune fille de la campagne. Souvent, Pierre la regardait avec ses yeux foncés et il évitait d’exprimer ce qu’il pensait au fond de soi. Mais, on s’en doutait, c’était impossible de ne pas le remarquer. Rosalie, elle, savait d’ailleurs en jouer. Papa laissa Pierre sauter du charriot et celui-ci, après avoir promis de venir de suite, appela son amie qui était en train de travailler avec sa maman dans le potager immense qui longeait leur fermette.

Pierre avait douze ans et demi et n’était pas encore sorti de l’école, il n’était pas un grand élève mais avait déjà suffisamment appris de choses pour s’en sortir dans la vie. Une particularité de sa personne lui était venue de l’école, on lui reprochait son inattention, il confirmait la chose en signant à l’envers, « errieP.r…. » , on ne sait si c’était là une façon de montrer sa petite rébellion..?

…/…

à suivre

 

Ndlr : prochaine publication vers le 15 Avril… jusque là : Joyeuses Pâques à vous ami(e)s et lecteurs/lectrices fidèles…!

Domidoume…

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6 commentaires pour Pierre, ses parents et…

  1. Héhé, on a du caractère, déjà, à 12 ans et demi….:)
    Tu nous rends tout cela si vivant ! c’est comme si on y était…

  2. alsacop dit :

    Nous « brûlions » encore à domicile, à 200m de mon lieu actuel, il y a 50 ans. J’ai ôté un cerisier, avec de toutes petites cerises immangeables destinées à l’eau de vie (schnaps).
    Toujours dans les années 50, ce destin du journalier qui ne recevait souvent qu’un morceau de pain et du lard blanc en échange de son labeur quotidien, souvent insuffisant pour toute la famille.
    Par contre tu ne dévoiles pas le projet de Pierre….Mais l’on peut se l’imaginer.
    Joyeuses Pâques…Ici les crécelles en 2011 !!

  3. alsacop dit :

    Tu vois…à lire un bouquin à raison de 2 pages par quinzaine, il faudrait un pense-bête avec les personnages !! LOL….Surtout s’il ne s’agit pas de notre bande !

  4. alsacop dit :

    Joyeuses Pâques aux descendants !

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