La vie de Joseph…


 Le papa de Joseph, lui, était ouvrier du bois, bûcheron, menuisier, ébéniste enfin un vrai « ver du bois ». Lui aussi commençait ses journées par ce même rituel de faire du feu et entretenir la chaleur du foyer pour son épouse, Joseph, son frère et sa soeur. Son travail principal au sein de l’usine, consistait à fabriquer les fameuses caisses à compartiments pour la halle, et de temps à autre à réaliser quelques étagères de rangement pour l’usine, des meubles de cuisine, des vaisseliers même, des lits et des sommiers.

Ca, il le faisait car il était artisan, mais évidemment il était aussi et avant tout payé par le patronat de l’usine. Il faisait beaucoup de travaux à la demande et pour les patrons et de ce fait touchait quelques gages supplémentaires en cumulant pas mal d’heures. De l’exploitation acceptée, que faire d’autre d’ailleurs ? Mais il s’éclatait dans son travail et Joseph l’admirait et bien sûr allait s’en inspirer pour la suite de sa vie et son futur métier à lui. Joseph traînait souvent dans l’atelier personnel de son papa.

Celui – ci se trouvait à l’arrière du bâtiment des logements, là où quasiment tout le monde avait une étable, un clapier, une cave aussi, dans les roches de grès rouge qui encerclaient et soutenaient le village. Les caves étaient creusées dans la roche et malgré un peu d’humidité, étaient tempérées et servaient de lieu de froid. Devant les grottes, des bâtiments en bois, lattés, les « schopf » servaient de lieux de stockage pour le bois de chauffage et aussi d’ateliers. Certains voisins élevaient aussi au moins un et même plusieurs cochons dans des étables maçonnées ou bétonnées et entourées de barres de fer qui permettaient qu’on  nourrisse les cochons et qu’ils ne s’échappent pas. Un cochon, par familles qui en possédaient, était sacrifié au bout de deux à trois ans d’engraissement.

Ah la là ! Les « jours de charcuterie », quel bonheur quand ça arrivait et quel régal pour tout le monde, car cela se passait bien souvent en automne et les « cochonnailles » étaient de véritables festins, des fêtes de quartiers, dirons-nous. L’occasion aussi, pour les mamans de Louise et de Joseph, et les femmes du village entier d’appeler à table et d’étaler tout leur art culinaire, des saucissons, des boudins, des pâtés, du lard blanc, des fromages de tête… enfin la potée régulière des dimanches en étaient des témoins inoubliables. Sans oublier les fumoirs collectifs fonctionnant aux copeaux et à la sciure de bois séchés, dans lesquels jambons, plaques de lard et palettes trouvaient place pour quelques semaines et ensuite nourrissaient les familles du plus petit au plus grand durant tout l’hiver.

Dans mon enfance à moi, j’ai encore le souvenir que cela se passait quasiment de la même façon, mais nous n’y sommes pas encore…

La maman de Joseph était une femme d’une bonté remarquable et était au service de tout le monde. Il est vrai qu’elle avait la foi et pratiquait vraiment la religion catholique et ce dans tous ses rites et rituels. Elle s’occupait des « filles de Marie », reconnaissables au petit ruban bleu épinglé à leurs vestes, manteaux du dimanche, quand elles assistaient aux messes, aux vêpres, aux prières du soir et toutes les activités religieuses desquelles elle s’attachait à faire partie. Elle chantait aussi à la chorale et Joseph l’accompagnait souvent aux répétitions et s’asseyait, avec grande ferveur et plaisir, sur la chaise prieur à côté d’elle. Il écoutait avec attention et quand il retrouvait son harmonium, il rejouait à l’oreille les chants entendus. Son chant préféré était le chant : « Grosser Gott wir loben dich ! »…Grand Dieu nous te bénissons…, qui était le chant de toutes les grandes fêtes et que la chorale travaillait à quatre voix, ce chant clôturait aussi les cérémonies de la Fête-Dieu.

Nous en reparlerons. 

La maman de Joseph donnait une grande partie de son temps à visiter les personnes malades, les anciens couples et anciens veufs et veuves du village pour leur apporter le réconfort et les accompagner dans quelques moments de leur vies souvent difficiles et solitaires.

Souvent quand Joseph rentrait de l’école des garçons, il allait directement dans l’atelier, la remise disait-on aussi, et s’affairait à travailler le bois. Son papa rapportait souvent des restes de caisses, du bois fin en plaques et quelques planches que son chef à l’usine l’autorisait à emmener. Ce dernier demandait bien sûr compensation et le papa de Joseph rendait service. Il assurait certains travaux de réparation de vitrages et d’entretien de menuiseries dans les appartements huppés de son chef direct.

Cette période de l’histoire de la Moselle et de l’Alsace reste toutefois une période culturelle décisive dans les caractères des gens et des familles qui y vivent et participent de l’héritage germanique, encore sensible aujourd’hui, plus d’un siècle plus tard. Depuis les années 1870/71, la fin du règne de Napoléon III, l’annexion à l’Allemagne était une charge, plutôt qu’un état des choses, mais les enfants nés dans cette période étaient allemands, vivaient en Allemagne et allaient à l’école allemande, en fait, bien que anciennement enclavés dans la France, les alsaciens – mosellans  n’étaient plus français, enfin plus entièrement.

Ainsi allait la vie. Joseph avait en tête de réaliser un grand projet, mais n’en soufflait mot à personne.

Dans sa tête cela prenait forme de jour en jour…

…/…

à suivre…

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7 commentaires pour La vie de Joseph…

  1. Louis-Paul dit :

    Merci Doume de ces tranches de vie familiales; j’y retrouve des souvenirs d’enfance et puis ce prénom, Joseph, une histoire de famille dans la mienne. Et puis aussi le souvenir d’un Père qui n’était pas artisan mais qui travaillait le bois le week-end. Chacun va dans ses histoires quand l’écriture est belle et touchante et c’est aussi cela le partage. Amitiés Doume.

  2. ça a dû être quand même des moments difficiles, cette annexion, pour des gens âgés qui avaient connu  » l’avant »…..et ça a dû être difficile, « après », de devoir tout réapprendre en français, non ?
    Mon père aussi, aimait à travailler le bois, ainsi que mon oncle (son jeune frère).
    j’ai hâte de connaître à quel projet travaillait le papa de Joseph ! 🙂

    Et c’est vrai qu’elles sont rudement goûteuses, vos cochonnailles, ouh là là ! Miam !

    • domidoume dit :

      Anne, il est évident que la génération de Joseph, Louise, mes grands-parents… a reçu une éducation germanique, et on peut l’affirmer, une bonne éducation, les rares correspondances que j’ai pu relire étaient toutes en allemand, en « Hochdeutsch » donc pas en patois, qui est apparu entre les guerres et qui était devenu un signe distinctif des fois lourd à porter ou à avouer…et qui au fur et à mesure s’est avéré être une « langue » culturelle mosellane et alsacienne – le fait est que les influences des langages parlés dans les Laender allemaniques, suisses, Luxembourgeois limitrofs ont amené une richesse d’accents qui est assez phénoménale sur un aussi petit territoire…
      La suite logique, entre les guerres et plus tard après la dernière, a été de parler et écrire français, ce fut très difficile… déjà de trouver des enseignants et des intérêts à le faire, mais on y arrivera dans les tranches de vie…
      Pour ce qui est du « fameux projet », c’est celui de Joseph…
      Pour ce qui est du « cochon », ce jour notre repas a été composé d’une poêlée de St Jacques aux légumes croquants sauce à base des coraux et d’estragon… à midi et ce soir de croutes de pain maison au Ste Maure avec salade… très français …
      Hum ! Bonne fin de dimanche
      merci de ton intérêt Anne et à plus

  3. noelle dit :

    Merci Doume , tu nous replonges dans nos souvenirs….et tu racontes bien, mais je l’ai peut-être déjà dit !
    Le jour » du cochon » n’a pas disparu, mon frère habite maintenant un tout petit village dans l’Ariège,et ce jour là, ils se retrouvent tous et c’est « saucissons, des boudins, des pâtés, du lard blanc… »pareil, c’est la fête !
    Bises Doume à bientôt pour la suite….bon courage pour ta semaine

  4. Rosa dit :

    Un papa qui travaille le bois, pas étonnant qu’il ait appelé son fils Joseph. Tu aurais dû publier le 19 mars, jour de la Saint-joseph ! Quant à l’évocation des cochonailles, je retrouve la gourmandise de Doume !

  5. alsacop dit :

    Lorsque j’évoquais le charpentier…..
    Les cochonnailles et le bois….ça sent bon.
    Extra ton histoire, vivement la suite.

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