Les métiers… les techniques….


Les caisses en bois compartimentées, étaient déposées avec précautions sur des charrettes légères en bois, à quatre roues, dont celles de devant étaient sur un essieu tournant que l’on manipulait à l’aide d’une potence en forme de croix. Grâce à celle – ci les charrettes étaient utilisables par un ouvrier seul ou à deux personnes, car de temps à autre le chargement était trop lourd entre les ridelles à claire-voie. A l’avant et à l’arrière les ridelles étaient pleines et se glissaient de haut en bas pour fermer, le bas moins large que le haut, ces charrettes existent encore aujourd’hui, elles sont en ossatures métalliques légères, de l’aluminium par exemple, et ont servi de modèles aux jouets préférés des enfants, des modèles réduits bien entendu…

Pour « décalotter » les pièces en cristal celles-ci devaient être passées devant une flamme d’un bec au gaz qui,  de la même façon que l’on soude, réalisait l’action inverse sur le cristal et le coupait net par l’action de la chaleur. Le verre, en l’occurrence était alors très coupant et il fallait sans tarder le passer au polissage. Une opération tellement délicate se faisait en portant des gants et en manipulant les verres de différentes tailles et en les passant sous des grandes roues de polissage, des meules. Pour ce faire, les meules étaient entrainées sur de axes mus par de petits moteurs à entrainement de poulies, d’’abord avec une sorte de terre abrasive et de l’eau et au fur et à mesure avec des meules brosses plus douces. Sous les meules, des bacs à eau étanches, remplis d’eau boueuse qui s’écoulait par le trop-plein directement dans la rivière sous-terraine du village.

Les verres étaient lavés à l’eau claire ensuite et allaient à l’atelier de marquage, de dessin des motifs et prévisions de biseautage ou de gravure,  de façon à être prêts pour l’opération de taille et aussi, pour beaucoup, au « décor » final, la dorure, la gravure, dont il sera question dans la suite de ces écrits.

Autour de 1900 on réalisait déjà, après avoir copié les verres de couleur de Bohème, des verres dont le développement s’était fait en interne. Différents produits chimiques additionnés au cristal avant fusion lui conféraient des couleurs. Le chlorure d’or donne la couleur rouge rubis par exemple et le bleu s’obtient avec du cobalt. Depuis pas mal d’années ces verres colorés étaient très recherchés et appréciés par les fortunés.

Voilà quelque chose qui n’a nullement changé de nos jours, le cristal, le vrai a un coût, et pour ma part je ne trouve pas cela exagéré, mais compte – tenu des petits salaires versés aux artistes du cristal quelque peu inéquitable. L’ouvrier, l’artiste, l’artisan aurait dû, devrait encore, avoir un peu plus de profit à exercer ces métiers…

On développa les services en cristal, verres, carafes, coupes, vases, les décors de forme à l’extérieur étaient pré-gravés dans les moules et lors du soufflage par l’action de celui ci, on les « pressait » dans la masse. Des lustres à pied, des candélabres de tailles supérieures à trois voire quatre mètres, furent aussi fabriqués, cela durait des semaines, des mois  pour en achever un … On ajouta à la production des verres en cristal blanc mat,  ceci était devenu possible grâce à la « chimique » disait-on. On utilisait des procédés de matage à l’acide, techniques de pointe pour l’époque et pour beaucoup de fabrications c’est encore le cas de nos jours, on appelait cela comme encore aujourd’hui, les « arts décoratifs ».

Dans l’usine plus de 1500 personnes s’activaient tous les jours. Il y avait plus de un tiers d’ouvriers bucherons, de transporteurs, qui s’affairaient autour et en plus. Les machines tels que les tours et les ateliers de taille où travaillait un tiers des ouvriers quand même, fonctionnaient à la vapeur, j’ai lu que la force développée des salles de machines étaient de près de 100 chevaux ! Vers la fin du siècle, l’usine développe sa vocation « industrielle » en réalisant des verres de lampes à pétrole et les unités d’éclairage des wagons des chemins de fer…

Il serait un peu trop technique de rentrer dans plus de détails à ce propos, car il y a là de quoi alimenter de longues soirées de veille auprès des « Kacheloffe », fourneaux céramiques (une autre facette de l’artisanat régional…), du Bitcherland entier et de l’Alsace !

Juste une dernière  incursion dans le domaine technique, car on ne peut parler de cette cristallerie royale sans évoquer les fameux presse – papiers, une marque de fabrique absolue de la – dite usine. Il y a là une technologie qui remonte à la deuxième partie du XIXème siècle et qui consistait à enfermer des tiges de verres de couleur et de longueur différentes à l’intérieur d’une boule de cristal transparente qui au fur et à mesure se créait autour du bout de la canne de cueillage. A chaque dépôt de décors, une fine masse de cristal était ajoutée à l’ensemble et le verrier roulait sur une table plane métallique pour bien serrer les tigettes et incrustations dans la boule. Une fois le diamètre final de quelques centimètres atteint, la boule était arrondie par le haut et rendue lisse par le travail d’orfèvre, peut-on dire, du maître verrier et c’était d’un effet grandiose et donnait de vraies oeuvres d’art.

De nos jours on fabrique même certaines séries uniques de bijoux, pendentifs, bagues, boucles d’oreilles et ceci rencontre un succès commercial grandissant. Des décors fascinants, des floraux, des assemblages de cristaux colorés, des motifs animaliers, et bien d’autres « incrustations » virent le jour durant les siècles et jusqu’à aujourd’hui des mains de femmes principalement, assurent cette tradition de fabrication artistique dans la cristallerie.

Aujourd’hui c’est encore une activité des plus importantes et des plus recherchées de l’usine. Il y a de grands collectionneurs dans le monde entier, des japonais, des américains, le monde a toujours eu un intérêt fantastique pour ces productions uniques et spécifiques de tradition et toujours en séries limitées de une à deux centaines par modèle…

Les ouvriers et ouvrières de l’usine, leurs parents déjà avant eux, avaient aussi accès à ces pièces de fabrication, mais seulement en les achetant à prix réduit ou en tant que rares cadeaux de Noël, ce qui souvent était leur « prime » de fin d’année.  

A vrai dire et malheureusement, ils n’étaient pas bien payés du tout dans ces années de début du XXème siècle et les cadences étaient infernales, sans parler des dangers évidents et destructeurs par moments de ces métiers du cristal.

…/…

à suivre…

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12 commentaires pour Les métiers… les techniques….

  1. Oui, je me dis que tant de beauté à dû souvent coûter bien des peines et bien des souffrances….
    C’est magique dis donc ! Je ne regarderais plus jamais un verre de cristal de la même manière !

    • domidoume dit :

      Bonsoir Anne… en préparation pour « VuparDoume » une série de photos sur « le produit » et le métier – une fois par an on peut visiter l’ensemble et le musée :- portes ouvertes- Les dernières années j’y ai été à chaque fois… comme quoi les souvenirs, ça existe bien !

  2. alsacop dit :

    La technique pour la fabrication du presse-papier m’est incompréhensible, je ne comprends pas l’utilisation de ces tiges de verres.
    Par contre la charrette me parle, dans les années 50 nous en avions deux….
    Une rivière souterraine au village ? C’est extra.
    Les conditions, les durées, les salaires….liés au travail devaient être exécrables. ( y penser de temps à autre).
    Les bijoux sont certainement fragiles.
    Le matage et le“décalottage” des bijoux certainement fragiles.
    Des pièces de 3 à 4 m, incroyable !
    Mais cela reste un produit fabriqué en France, bravo !!

    • domidoume dit :

      La rivière « la Münz » d’où le nom en patois, Münztal », les salaires je ne sais pas pour l’époque, aujourd’hui c’est comme partout, le Smic est la base, les heures et la « productivité » sont les compléments… bijoux pas trop ici, mais lustres etc… très grande et majestueuse production… Fabriqué en France : oui – vendu surtout à l’export, car là aussi peu de « respect » du produit et de sa réelle valeur…Pour le presse papier : faut le regarder en production…
      merci Alsacop d’être fidèle, faut dire que j’en attendais d’autres…

  3. noelle dit :

    On dirait que tu as grandi au milieu deux ! tu es très précis ! et tu peux sûrement écrire des pages et des pages !
    Merci Doume

    • domidoume dit :

      j’ai grandi parmi « eux », mes parents et grand parents, et en fait oui, j’aurai pu écrire un livre sur le sujet, mais en me documentant un peu plus sur les activités et l’histoire, les métiers je pense les connaître assez bien… mais le but des « tranches de vie » est de parler de mes aïeuls »… il faut que j’y revienne..
      Un très grand merci et beaucoup de respect pour ta présence ici Nono !

  4. alsacop dit :

    Je viens de lire lieu-dit Münztal, si j’ai bien compris un hameau qui se nommera Saint Louis les Biche, souvenir d’un roi Louis.
    Attendons avec impatience les « tranches de vie » de tes ancêtres, en avons, peut-être dans la même région.

  5. jeandler dit :

    Connait-on un pays où les ouvriers soient bien payés tant présentement que par le passé ?
    Ces travaux qui demandent une haute technicité, un savoir faire qui ne s’apprend qu’avec le temps, ne sont pas mieux rétribués que les plus humbles. C’est dans la règle du système. Nul n’est récompensé selon son travail et à la plus-value qu’il apporte aux choses !

  6. Jeanmi dit :

    Combien de morts pour la construction d’une seule cathédrale ? Personne ne le sait mais elles sont construites avec des pierres et du sang….

  7. alsacop dit :

    « Les Pilliers de la Terre »….une suite « Un Monde sans fin » de Ken Follet….Deux bouquins, plus de 2000 pageset vous pourrez compter la quantité de morts pour la construction de cette cathédrale.

    Evanouir d’abord, c’est d’actualité mais c’est vraiment une autre histoire….

  8. Jean dit :

    UN p’tit bonjour
    Jean

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