Blog suspendu !

questions techniques, accès difficile… autres excuses ?  ou … faute d’intérêt… (sauf pour moi…cela est mon « histoire »…) :  je continue donc « pour moi »…

Salut à toutes et tous !

Dominique / Doume

je suis joignable par mail pour ceux qui veulent…

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Rosalie… la vie dans le village d’à côté…

Rosalie, elle n’avait plus qu’une année de scolarité à finir et elle pourrait aider ses parents pour l’élevage et la préparation des viandes pour la boucherie de l’oncle où sa maman travaillait. D’un geste timide de la main, Pierre la salua rapidement ainsi que sa maman et lui glissa quelques mots à l’oreille, certainement gentils, car Rosalie souriait quand il s’en alla en sautillant sur le chemin vers sa maison… Le papa de Rosalie était éleveur. Dans la famille on comptait au nombre des différents oncles, un boucher-charcutier et cela donnait aux parents de Pierre un intérêt pour vivre bien de leur activité journalière, car bien sûr le boucher était leur client.

En ce temps là, la boucherie du village était quelque chose de très important car le boucher, non seulement faisait son travail de charcutier, mais très souvent c’était lui qui tuait les bêtes, vaches, bœufs, taureaux, cochon, que les particuliers qui en avaient les moyens, élevaient dans leurs petites étables et dépendances modestes que leur mettait aussi à disposition, l’usine.

Le boucher du village de Pierre et Rosalie, était un homme d’origine germanique et très droit dans sa carrure et son métier. Il fallait demander bien tôt dans la saison des cochonnailles pour réserver sa présence lors de l’abattage et du dépeçage du cochon. Et ce jour là c’était presque cérémoniel, rituel. Tôt le matin vers 6 heures, le propriétaire de la bête, en l’occurrence le papa de Rosalie, se levait et faisait bouillir un maximum d’eau chaude pour remplir l’espèce de « brancard à cuvette » en bois, une auge rectangulaire à bras, servant à la déplacer à quatre. Le cochon, une fois saigné, était lavé et brossé avant d’être dépecé et remis en morceaux dans l’auge. Oui, on peut le dire, que c’était un peu barbare tout cela, mais c’est pour manger, alors personne non plus ne relevait le fait que les enfants assistaient au « spectacle ».

Le cochon hurlait, se débattait rudement, maintenu par quatre gaillards du village, le papa de Rosalie entre eux, mais cela ne durait guère longtemps, le boucher avait le coup de main, le bras assuré pour l’assommer d’un coup bien placé avec une masse et ensuite tranquillement pour ne poignarder qu’une fois, à l’endroit précis… Aujourd’hui, on ferait un débat politico-religieux sur cette manière de « tuer le cochon » mais à cette époque là c’était une fête pour tous !

Rosalie et Pierre se tenaient quelque peu à l’écart et, à les observer, ils n’avaient pas vraiment d’intérêt pour ce qui se passait, ils riaient ensemble aux blagues de Pierre et de ses petits copains, il y avait là aussi le frère ainé de Rosalie, un bonhomme bien en chair pour son âge, on lui avait d’ailleurs affecté le surnom de « Klotz », le bloc, aussi qualifiable, mais dans son cas avec extrême gentillesse, de « rustre ». Il était vraiment d’un seul tenant, et ce jusque loin dans sa vie. Je me souviens de lui, alors qu’il s’était expatrié vers le travail dans les aciéries de Lorraine…nous y reviendrons aussi…

Entretemps le cochon ayant rendue l’âme, le boucher s’affairait avec moult couteaux et hachettes, à le ciseler, dégraisser et découper en parts.  Le sang récupéré lors de l’égorgement refroidissait dans les seaux en acier galvanisé et attendait que les femmes aient fini de laver les boyaux pour s’en servir et, avec le sang cuisiné et assaisonné, agrémenté avec des tout petits morceaux de lard frais, confectionner le boudin noir et la saucisse de sang, le « Schwartzwurst » une spécialité lorraine que l’on fumait ensuite… Certaine femmes du village étaient de vraies professionnelles de cette charcuterie. Elles étaient habituées à confectionner de la charcuterie avec tout ce qui est bon à manger dans le cochon. Une tante faisait les pâtés de tête, une autre les pâtés de foie et tout le monde aimait manger ces charcuteries traditionnelles et très goûteuses. La langue du cochon après que le boucher l’ait parée, était en général cuite le jour même des cochonnailles, elle ne se conservait pas bien sauf en la salant, mais il fallait bien nourrir les participants alors tout ce qui était « cuisinable » de suite passait à la casserole au bon gré de tous les présents.

Le boucher ne s’en allait pas avant d’avoir paré les jambons pour le fumoir, ces derniers allaient être salés dans l’auge en bois, en compagnie des pièces de lard des côtes et de quelques bonne pièces que l’on allait ainsi garder pendant des semaines dans les caves. Un schnaps finissait le partage et un bon café – chicorée, certains y ajoutaient un peu de vin rouge pour la digestion… la fête se finissait et le cochon était déjà oublié….

…/…
à suivre

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Pierre, ses parents et…

… Alors que dire quand grâce à l’activité de papa, il pouvait traverser une grande partie de l’usine et aller décharger le bois transporté près de la halle. Il exultait de joie et en profitait pour aller jeter un coup d’oeil au ballet des ouvriers verriers dans l’antre en chaleur.

Pierre ne redoutait en rien les risques de ce métier qu’il trouvait à sa mesure. Eh oui, il pouvait se brûler, se blesser, avoir les muscles endoloris par les efforts des plus de 45 heures hebdomadaires dont il réalisait la dureté. Pour faire ce métier de verrier il fallait du courage et de la volonté, mais Pierre possédait ces qualités et irait au bout.

Malheureusement le temps passé à regarder le métier et en découvrir les détails et aléas ne durait jamais assez longtemps. Car pour remonter au village, les boeufs mettaient bien plus d’une heure et demie, alors il fallait repartir au plus vite pour rentrer à la maison à une heure décente pour manger et aller dormir.

Quant à maman, elle était affairée la journée entière à traire, nourrir le bétail et à préparer la nourriture pour papa et l’ouvrier, un gars venu de Roumanie via la Forêt Noire et qui logé, nourri n’en demandait pas plus. Il baragouinait quelques mots d’allemand et comme les habitants du Bitcherland étaient bilingues forcément depuis les années 70 du siècle précédent, cela ne posait aucun problème majeur de compréhension. On appelait « ces gens là », des métayers, tout ce qu’il y avait à faire pour les employer était de les nourrir, les coucher et de leur donner un peu de « schnaps » et de vin. Dans la famille de Pierre on « brûlait » du schnaps depuis des lustres et l’alambic en cuivre et en étain était remisé soigneusement dans une partie de la grange très isolée et fermée à clé. C’était un bien précieux que cet alambic.

Il faut dire que les vergers étaient une autre partie de la propriété familiale et qu’ils fournissaient matière première de grande volée. Des quetsches, des vraies, pas des prunes, bien qu’il y en eut aussi, des mirabelles, des cerises noires ou rouges, des reines-claudes et des poires, des « Williams », composaient l’assortiment de fruits à schnaps, eau de vie du pays lorrain et d’Alsace. Le rituel de la distillation était pareil à celui des cochonnailles, le village, du moins le grand quartier était présent pour y assister et goûter le liquide enivrant. Bien sûr cette activité était pleinement et uniquement pour la famille, bien que de temps à autre on se laissait aller à vendre l’une ou l’autre bouteille. Certains, mais pas le papa de Pierre, distillaient même des patates ou d’autres produits de la terre, betteraves entre autres, pour faire du schnaps « thérapeutique », oui cela servait pour se soigner, en cataplasmes par exemple.

Dans la pièce principale, la « Stub » disait – on trônait contre le mur un « Kacheloffe », un fourneau imposant en carrés de céramique, cela donnait une petite idée aussi de l’aisance des parents de Pierre. Ce fourneau servait à chauffer la maison d’habitation accolée à la grange, au « Schopf », abri pour les charriots et les outils agricoles, et à l’étable.

Après un dernier regard vers le village du haut de la colline, un dernier regard sur la majestueuse église rose, Pierre  et son papa ne tardèrent pas à replonger, par delà la butte, dans le village d’à côté et passèrent à quelques enjambées de la maison de Rosalie, une bonne amie de Pierre et… une jolie et pimpante jeune fille de la campagne. Souvent, Pierre la regardait avec ses yeux foncés et il évitait d’exprimer ce qu’il pensait au fond de soi. Mais, on s’en doutait, c’était impossible de ne pas le remarquer. Rosalie, elle, savait d’ailleurs en jouer. Papa laissa Pierre sauter du charriot et celui-ci, après avoir promis de venir de suite, appela son amie qui était en train de travailler avec sa maman dans le potager immense qui longeait leur fermette.

Pierre avait douze ans et demi et n’était pas encore sorti de l’école, il n’était pas un grand élève mais avait déjà suffisamment appris de choses pour s’en sortir dans la vie. Une particularité de sa personne lui était venue de l’école, on lui reprochait son inattention, il confirmait la chose en signant à l’envers, « errieP.r…. » , on ne sait si c’était là une façon de montrer sa petite rébellion..?

…/…

à suivre

 

Ndlr : prochaine publication vers le 15 Avril… jusque là : Joyeuses Pâques à vous ami(e)s et lecteurs/lectrices fidèles…!

Domidoume…

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Pierre, du village d’à côté…

A peine sorti de la rue principale, traversant le village et très longue, plus de deux kilomètres, du « village d’à côté », on passe une petite colline et du haut du surplomb on aperçoit, par journées de beau temps, le clocher en pointe ronde et bombée de la « cathédrale en grés rouge » du village de la vallée.

Les différents rectangles et carrés en tons de rose et de rouge des pierres de grés lui donnaient une majesté sans pareil. Son toit en tuiles revêtues de métal émaillé, par moments colorées de façon étonnante en tons or, vert, rouge et formant des motifs, lui donnait un air de jamais vu, et c’est une partie de ce qui fait encore de nos jours son charme, à cette église construite au dix-neuvième siècle sur une des collines de ce joli village industriel.

En orientant le regard vers la gauche , un peu plus loin sur la route, un chemin de forêt amélioré de gros cailloux écrasés, on apercevait de temps à autre au travers d’une trouée dans la forêt de sapins et d’épicéas, quelques uns des toits, tuilés ou recouvert de plaques de tôle ondulée, de l’usine. On voyait aussi le toit de la halle verrière et sa cheminée qui dominait de quelques mètres le reste des bâtiments. Son ossature en poutrelles d’acier peintes ressortait en se distinguant vraiment du cadre tranquille des maisons accolées du village et attestait de la présence réelle de l’usine « à cristal ». 

Après une descente en méandres assez sévères, pour aller dans le village, de facto il fallait descendre quel que fut le point cardinal de départ. La route conduisait à la partie la plus éloignée du village mais déjà intégrée, là où se trouvait le moulin, près de la rivière qui traversait l’usine et à fortiori le village, construits par-dessus et le long de cette dernière, la « Münz ».

Pierre, ce jour là, était assis sur la charrette lourde de bois de hêtre, en billes fendues en longueurs de un mètre. La charrette était tractée par les deux boeufs qui appartenaient à son papa et qui servaient aussi certains jours de la semaine, entre autre, à conduire le bois à l’usine, une sorte de transport d’approvisionnement des stocks de bois de cette dernière. C’était là une activité complémentaire qui permettait de payer plus ou moins l’entretien du maigre matériel agricole qui servait au métier du papa de Pierre. Il était paysan, cultivateur disait-on déjà.

Dans « le village d’à côté », il faisait partie d’une population assez importante de paysans et d’ouvriers du monde agricole, de métayers pour la plupart. L’emploi agricole, culture de blé et de maïs, de betteraves et de choux blancs, l’élevage destiné à la boucherie, s’étaient bien implantés dans ce village là, où peu d’activité industrielle était de mise.

Pour nourrir le troupeau de quelque vingt vaches et boeufs, le papa de Pierre était très occupé, ses journées duraient une éternité et Pierre ne voyait pas souvent son papa. C’était donc une de ces journées que Pierre savourait réellement et espérait qu’il y en aurait beaucoup d’autres. Mais l’école  lui prenait du temps aussi.

Oh, il n’aimait pas beaucoup aller à l’école, mais quelle autre solution y avait-il ? Il fallait attendre quatorze ans pour aller travailler. Pierre était attiré par la « bête », le monstre, il voulait devenir verrier.

…/…

A suivre

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QUESTION ?

Bonjour

Plusieurs d’entre vous, chers amis lecteurs habituels, me signalent de « gros » problèmes de connexion à ce blog ?

Message : merci de confirmer ou d’infirmer svp ?

Vous avez tou(te)s mon email , je vous en serais très reconnaissant et si cela s’avère exact, je migrerais le blog ailleurs…

Très bonne journée de vendredi à tous !!

(nota : pour tester… ce message est programmé…)

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La vie de Joseph…

 Le papa de Joseph, lui, était ouvrier du bois, bûcheron, menuisier, ébéniste enfin un vrai « ver du bois ». Lui aussi commençait ses journées par ce même rituel de faire du feu et entretenir la chaleur du foyer pour son épouse, Joseph, son frère et sa soeur. Son travail principal au sein de l’usine, consistait à fabriquer les fameuses caisses à compartiments pour la halle, et de temps à autre à réaliser quelques étagères de rangement pour l’usine, des meubles de cuisine, des vaisseliers même, des lits et des sommiers.

Ca, il le faisait car il était artisan, mais évidemment il était aussi et avant tout payé par le patronat de l’usine. Il faisait beaucoup de travaux à la demande et pour les patrons et de ce fait touchait quelques gages supplémentaires en cumulant pas mal d’heures. De l’exploitation acceptée, que faire d’autre d’ailleurs ? Mais il s’éclatait dans son travail et Joseph l’admirait et bien sûr allait s’en inspirer pour la suite de sa vie et son futur métier à lui. Joseph traînait souvent dans l’atelier personnel de son papa.

Celui – ci se trouvait à l’arrière du bâtiment des logements, là où quasiment tout le monde avait une étable, un clapier, une cave aussi, dans les roches de grès rouge qui encerclaient et soutenaient le village. Les caves étaient creusées dans la roche et malgré un peu d’humidité, étaient tempérées et servaient de lieu de froid. Devant les grottes, des bâtiments en bois, lattés, les « schopf » servaient de lieux de stockage pour le bois de chauffage et aussi d’ateliers. Certains voisins élevaient aussi au moins un et même plusieurs cochons dans des étables maçonnées ou bétonnées et entourées de barres de fer qui permettaient qu’on  nourrisse les cochons et qu’ils ne s’échappent pas. Un cochon, par familles qui en possédaient, était sacrifié au bout de deux à trois ans d’engraissement.

Ah la là ! Les « jours de charcuterie », quel bonheur quand ça arrivait et quel régal pour tout le monde, car cela se passait bien souvent en automne et les « cochonnailles » étaient de véritables festins, des fêtes de quartiers, dirons-nous. L’occasion aussi, pour les mamans de Louise et de Joseph, et les femmes du village entier d’appeler à table et d’étaler tout leur art culinaire, des saucissons, des boudins, des pâtés, du lard blanc, des fromages de tête… enfin la potée régulière des dimanches en étaient des témoins inoubliables. Sans oublier les fumoirs collectifs fonctionnant aux copeaux et à la sciure de bois séchés, dans lesquels jambons, plaques de lard et palettes trouvaient place pour quelques semaines et ensuite nourrissaient les familles du plus petit au plus grand durant tout l’hiver.

Dans mon enfance à moi, j’ai encore le souvenir que cela se passait quasiment de la même façon, mais nous n’y sommes pas encore…

La maman de Joseph était une femme d’une bonté remarquable et était au service de tout le monde. Il est vrai qu’elle avait la foi et pratiquait vraiment la religion catholique et ce dans tous ses rites et rituels. Elle s’occupait des « filles de Marie », reconnaissables au petit ruban bleu épinglé à leurs vestes, manteaux du dimanche, quand elles assistaient aux messes, aux vêpres, aux prières du soir et toutes les activités religieuses desquelles elle s’attachait à faire partie. Elle chantait aussi à la chorale et Joseph l’accompagnait souvent aux répétitions et s’asseyait, avec grande ferveur et plaisir, sur la chaise prieur à côté d’elle. Il écoutait avec attention et quand il retrouvait son harmonium, il rejouait à l’oreille les chants entendus. Son chant préféré était le chant : « Grosser Gott wir loben dich ! »…Grand Dieu nous te bénissons…, qui était le chant de toutes les grandes fêtes et que la chorale travaillait à quatre voix, ce chant clôturait aussi les cérémonies de la Fête-Dieu.

Nous en reparlerons. 

La maman de Joseph donnait une grande partie de son temps à visiter les personnes malades, les anciens couples et anciens veufs et veuves du village pour leur apporter le réconfort et les accompagner dans quelques moments de leur vies souvent difficiles et solitaires.

Souvent quand Joseph rentrait de l’école des garçons, il allait directement dans l’atelier, la remise disait-on aussi, et s’affairait à travailler le bois. Son papa rapportait souvent des restes de caisses, du bois fin en plaques et quelques planches que son chef à l’usine l’autorisait à emmener. Ce dernier demandait bien sûr compensation et le papa de Joseph rendait service. Il assurait certains travaux de réparation de vitrages et d’entretien de menuiseries dans les appartements huppés de son chef direct.

Cette période de l’histoire de la Moselle et de l’Alsace reste toutefois une période culturelle décisive dans les caractères des gens et des familles qui y vivent et participent de l’héritage germanique, encore sensible aujourd’hui, plus d’un siècle plus tard. Depuis les années 1870/71, la fin du règne de Napoléon III, l’annexion à l’Allemagne était une charge, plutôt qu’un état des choses, mais les enfants nés dans cette période étaient allemands, vivaient en Allemagne et allaient à l’école allemande, en fait, bien que anciennement enclavés dans la France, les alsaciens – mosellans  n’étaient plus français, enfin plus entièrement.

Ainsi allait la vie. Joseph avait en tête de réaliser un grand projet, mais n’en soufflait mot à personne.

Dans sa tête cela prenait forme de jour en jour…

…/…

à suivre…

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Les métiers… les techniques….

Les caisses en bois compartimentées, étaient déposées avec précautions sur des charrettes légères en bois, à quatre roues, dont celles de devant étaient sur un essieu tournant que l’on manipulait à l’aide d’une potence en forme de croix. Grâce à celle – ci les charrettes étaient utilisables par un ouvrier seul ou à deux personnes, car de temps à autre le chargement était trop lourd entre les ridelles à claire-voie. A l’avant et à l’arrière les ridelles étaient pleines et se glissaient de haut en bas pour fermer, le bas moins large que le haut, ces charrettes existent encore aujourd’hui, elles sont en ossatures métalliques légères, de l’aluminium par exemple, et ont servi de modèles aux jouets préférés des enfants, des modèles réduits bien entendu…

Pour « décalotter » les pièces en cristal celles-ci devaient être passées devant une flamme d’un bec au gaz qui,  de la même façon que l’on soude, réalisait l’action inverse sur le cristal et le coupait net par l’action de la chaleur. Le verre, en l’occurrence était alors très coupant et il fallait sans tarder le passer au polissage. Une opération tellement délicate se faisait en portant des gants et en manipulant les verres de différentes tailles et en les passant sous des grandes roues de polissage, des meules. Pour ce faire, les meules étaient entrainées sur de axes mus par de petits moteurs à entrainement de poulies, d’’abord avec une sorte de terre abrasive et de l’eau et au fur et à mesure avec des meules brosses plus douces. Sous les meules, des bacs à eau étanches, remplis d’eau boueuse qui s’écoulait par le trop-plein directement dans la rivière sous-terraine du village.

Les verres étaient lavés à l’eau claire ensuite et allaient à l’atelier de marquage, de dessin des motifs et prévisions de biseautage ou de gravure,  de façon à être prêts pour l’opération de taille et aussi, pour beaucoup, au « décor » final, la dorure, la gravure, dont il sera question dans la suite de ces écrits.

Autour de 1900 on réalisait déjà, après avoir copié les verres de couleur de Bohème, des verres dont le développement s’était fait en interne. Différents produits chimiques additionnés au cristal avant fusion lui conféraient des couleurs. Le chlorure d’or donne la couleur rouge rubis par exemple et le bleu s’obtient avec du cobalt. Depuis pas mal d’années ces verres colorés étaient très recherchés et appréciés par les fortunés.

Voilà quelque chose qui n’a nullement changé de nos jours, le cristal, le vrai a un coût, et pour ma part je ne trouve pas cela exagéré, mais compte – tenu des petits salaires versés aux artistes du cristal quelque peu inéquitable. L’ouvrier, l’artiste, l’artisan aurait dû, devrait encore, avoir un peu plus de profit à exercer ces métiers…

On développa les services en cristal, verres, carafes, coupes, vases, les décors de forme à l’extérieur étaient pré-gravés dans les moules et lors du soufflage par l’action de celui ci, on les « pressait » dans la masse. Des lustres à pied, des candélabres de tailles supérieures à trois voire quatre mètres, furent aussi fabriqués, cela durait des semaines, des mois  pour en achever un … On ajouta à la production des verres en cristal blanc mat,  ceci était devenu possible grâce à la « chimique » disait-on. On utilisait des procédés de matage à l’acide, techniques de pointe pour l’époque et pour beaucoup de fabrications c’est encore le cas de nos jours, on appelait cela comme encore aujourd’hui, les « arts décoratifs ».

Dans l’usine plus de 1500 personnes s’activaient tous les jours. Il y avait plus de un tiers d’ouvriers bucherons, de transporteurs, qui s’affairaient autour et en plus. Les machines tels que les tours et les ateliers de taille où travaillait un tiers des ouvriers quand même, fonctionnaient à la vapeur, j’ai lu que la force développée des salles de machines étaient de près de 100 chevaux ! Vers la fin du siècle, l’usine développe sa vocation « industrielle » en réalisant des verres de lampes à pétrole et les unités d’éclairage des wagons des chemins de fer…

Il serait un peu trop technique de rentrer dans plus de détails à ce propos, car il y a là de quoi alimenter de longues soirées de veille auprès des « Kacheloffe », fourneaux céramiques (une autre facette de l’artisanat régional…), du Bitcherland entier et de l’Alsace !

Juste une dernière  incursion dans le domaine technique, car on ne peut parler de cette cristallerie royale sans évoquer les fameux presse – papiers, une marque de fabrique absolue de la – dite usine. Il y a là une technologie qui remonte à la deuxième partie du XIXème siècle et qui consistait à enfermer des tiges de verres de couleur et de longueur différentes à l’intérieur d’une boule de cristal transparente qui au fur et à mesure se créait autour du bout de la canne de cueillage. A chaque dépôt de décors, une fine masse de cristal était ajoutée à l’ensemble et le verrier roulait sur une table plane métallique pour bien serrer les tigettes et incrustations dans la boule. Une fois le diamètre final de quelques centimètres atteint, la boule était arrondie par le haut et rendue lisse par le travail d’orfèvre, peut-on dire, du maître verrier et c’était d’un effet grandiose et donnait de vraies oeuvres d’art.

De nos jours on fabrique même certaines séries uniques de bijoux, pendentifs, bagues, boucles d’oreilles et ceci rencontre un succès commercial grandissant. Des décors fascinants, des floraux, des assemblages de cristaux colorés, des motifs animaliers, et bien d’autres « incrustations » virent le jour durant les siècles et jusqu’à aujourd’hui des mains de femmes principalement, assurent cette tradition de fabrication artistique dans la cristallerie.

Aujourd’hui c’est encore une activité des plus importantes et des plus recherchées de l’usine. Il y a de grands collectionneurs dans le monde entier, des japonais, des américains, le monde a toujours eu un intérêt fantastique pour ces productions uniques et spécifiques de tradition et toujours en séries limitées de une à deux centaines par modèle…

Les ouvriers et ouvrières de l’usine, leurs parents déjà avant eux, avaient aussi accès à ces pièces de fabrication, mais seulement en les achetant à prix réduit ou en tant que rares cadeaux de Noël, ce qui souvent était leur « prime » de fin d’année.  

A vrai dire et malheureusement, ils n’étaient pas bien payés du tout dans ces années de début du XXème siècle et les cadences étaient infernales, sans parler des dangers évidents et destructeurs par moments de ces métiers du cristal.

…/…

à suivre…

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